Traduire la poésie chinoise : pourquoi chaque traduction est fausse (et pourquoi cela ne pose pas de problème)

L’impossibilité

Traduire la poésie chinoise en anglais est impossible. Ce n’est pas une exagération. Les deux langues sont fondamentalement différentes — dans leur structure, leur son, leur forme visuelle et leur contexte culturel — à tel point qu’une traduction « fidèle » est une contradiction dans les termes.

Considérons un vers unique de Li Bai (Lǐ Bái 李白) : 床前明月光 (chuáng qián míng yuè guāng). Cinq caractères. Cinq syllabes. Sens littéral : « lit / devant / clair / lune / lumière ».

Essayez maintenant de le traduire. « Lumière brillante devant mon lit » — précis mais plat. « Devant mon lit, la lune brille » — rythmique, mais ajoute des mots. « La lumière de la lune s’étend devant mon lit » — évocateur, mais interprétatif. Explorez davantage : Pourquoi certains poèmes chinois sont intraduisibles : la beauté qui se perd.

Chaque traduction capte quelque chose et en perd autre chose. Aucune traduction ne capture tout. C’est le problème fondamental.

Ce qui se perd

La musique tonale. Le chinois est une langue tonale. Chaque caractère possède un ton prescrit (niveau ou oblique) qui crée un motif musical. Ce motif est essentiel à l’effet esthétique du poème. L’anglais n’a pas d’équivalent.

La beauté visuelle. Les caractères chinois sont des objets visuels — chacun est une petite composition de traits occupant un espace carré. Un poème chinois sur la page est une œuvre d’art visuelle. Une traduction anglaise n’est que des mots.

La compression. Le chinois classique est extraordinairement compressé. Une ligne de cinq caractères contient une image ou une pensée complète. L’anglais nécessite plus de mots pour transmettre le même sens, ce qui dilue la compression, essentiel à la puissance du poème.

L’allusion. La poésie chinoise est dense en allusions à des poèmes antérieurs, des événements historiques et des concepts philosophiques. Un lecteur chinois saisit automatiquement ces allusions. Un lecteur anglais a besoin de notes de bas de page — et les notes tuent la poésie.

Ce qui se trouve

Les bonnes traductions ne reproduisent pas l’original. Elles créent quelque chose de nouveau — un poème anglais qui saisit la vérité émotionnelle de l’original chinois, même si la vérité linguistique échappe.

Les traductions d’Ezra Pound d’œuvres de Li Bai (publiées sous le titre Cathay en 1915) sont célèbres pour leur inexactitude — Pound ne lisait pas le chinois et a travaillé à partir des notes d’Ernest Fenollosa. Mais elles sont aussi célèbres pour leur beauté. Pound a capturé quelque chose de la franchise émotionnelle de Li Bai que des traductions plus exactes manquent souvent.

L’approche de la traduction multiple

La meilleure façon de découvrir la poésie chinoise en anglais est de lire plusieurs traductions du même poème. Chaque traducteur fait des choix différents — mettant l’accent sur différents aspects de l’original — et le tableau composite est plus riche que toute traduction unique.

« Pensées en une nuit calme » (静夜思 Jìng Yè Sī) de Li Bai a été traduit des centaines de fois. Certaines traductions mettent en avant la lumière de la lune. D’autres insistent sur la nostalgie du pays. D’autres encore sur la simplicité. Lire cinq ou six versions donne une idée de l’original qu’aucune version unique ne peut offrir.

La position honnête

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À propos de l'auteur

Expert en Poésie \u2014 Traducteur et chercheur en poésie Tang et Song.

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