Le Léonard de Vinci de la Chine
Su Shi (苏轼 Sū Shì, 1037–1101) — mieux connu sous son nom littéraire Su Dongpo (苏东坡 Sū Dōngpō, "Su de la Pente Orientale") — est le génie le plus polyvalent de l'histoire littéraire chinoise. Il était un poète suprême tant dans les formes de shi (诗 shī) que de ci (词 cí). Il était aussi peintre, calligraphe, essayiste, théoricien politique et ingénieur. Il a réformé la politique agricole, dragué le lac de l'Ouest à Hangzhou et inventé une recette de poitrine de porc braisée (东坡肉 Dōngpō Ròu) qui est encore servie dans les restaurants chinois aujourd'hui.
Tout au long de sa carrière, il était également une catastrophe politique. Son talent pour dire la vérité au pouvoir — et son incapacité à cesser, même lorsque cela le détruisait — lui a valu trois périodes d'exil, chacune dans un lieu plus reculé. Il a transformé chaque exil en une opportunité de profondeur philosophique et de production littéraire. Cet homme ne pouvait pas s'empêcher d'être intéressant.
La Carrière Précoce : Éblouissant et Dangereux
Su Shi a réussi les examens impériaux (科举 kējǔ) avec des résultats spectaculaires. L'examinateur en chef, Ouyang Xiu (欧阳修 Ōuyáng Xiū), pensait au départ que l'essai de Su Shi était si bon qu'il devait avoir été écrit par son propre étudiant — et il a failli lui donner la deuxième place pour éviter l'apparence de favoritisme. Lorsque l'erreur a été découverte, Ouyang Xiu a déclaré : "Je devrais me retirer et laisser cet homme prendre le devant de la scène." Voir aussi Song Ci : Les Paroles Qui Ont Brisé Les Règles de la Poésie.
Su Shi est entré dans la fonction publique durant les luttes factionnelles de la Dynastie Song (宋朝 Sòngcháo), lorsque les Nouvelles Politiques de Wang Anshi (王安石 Wáng Ānshí) divisaient les lettrés entre réformistes et conservateurs. Su Shi s'opposait aux réformes — non par conservatisme, mais par une incapacité tempéramentale à soutenir des politiques qu'il considérait nuisibles aux gens ordinaires. Cette opposition lui a valu de puissants ennemis.
En 1079, il fut arrêté lors du "Procès de la Poésie de la Terrasse des Corbeaux" (乌台诗案 Wūtái Shī Àn) — accusé d'avoir diffamé l'empereur à travers ses poèmes. Il faillit mourir en prison avant d'être libéré pour l'exil à Huangzhou (黄州 Huángzhōu), un poste de province isolé qui produira certaines des plus grandes œuvres littéraires de l'histoire de la Chine.
L'Exil à Huangzhou : La Côte Rouge et Au-Delà
Dépossédé de son poste officiel et confiné dans une petite ville provinciale, Su Shi fit ce qu'il savait toujours faire : il en tira le meilleur parti. Il cultivait un champ sur la Pente Orientale (d'où son nom littéraire), brassait son propre vin, se lia d'amitié avec des agriculteurs et des pêcheurs, et écrivait les œuvres qui assuraient son immortalité.
Les deux "Rhapsodies de la Côte Rouge" (赤壁赋 Chìbì Fù), composées lors de voyages en bateau sur le Yangtsé, sont des méditations sur l'impermanence, la mémoire historique et la relation entre le soi et le cosmos. La première rhapsodie contient son passage philosophique le plus célèbre :
> 逝者如斯,而未尝往也 (Celui qui s'écoule est comme cette eau, pourtant il ne s'en va jamais vraiment) > 盈虚者如彼,而卒莫消长也 (Celui qui croît et décroît est comme cette lune, cependant en fin de compte, il ne diminue ni n'augmente)
L'argument de Su Shi est que l'impermanence, pro...